Les Carnets de Colette

25 avril 2012

Première séance ou aller voir QUELQU'UN

Cher Carnet,

J'ai décidé de prendre mes angoisses en main, et de prendre rdv chez QUELQU'UN - je n'arrive pas à prononcer le mot de p*s*y sans être prise d'angoisses.

Je suis donc arrivée chez QUELQU'UN avec la boule au ventre... J'ai décidé d'oser parler des problèmes d'engagements que j'avais rencontré avec mon ex et de mon incapacité à avoir confiance en moi. "Quelques scéances suffiront", me rassurai-je - après m'être répétée pendant 10 ans que ça ne servait à rien. 

J'ai attendu dans la salle d'attente, ce qui est cohérent.

Il y avait le magazine Psychologies, ce qui du bon sens.

Quand la dame est venue me chercher, j'ai tout de suite vu le paquet de mouchoirs. "Cliché", ai-je pensé.

Ensuite, elle m'a regardée, avec un sourire mi figue-mi raisin - c'est à dire un sourire de Mona Lisa, très mystérieux.

Là, il y a eu deux temps...

Un premier temps ou j'ai fait ma mariole... C'était un très bon moment !

"Oui, ahahah ! Et là je dois parler ?... Excusez-moi, je ne suis jamais allée chez QUELQU'UN... C'est possible de m'expliquer comment ça marche ?... Non ? ... Vous parlez jamais en fait ??? ........................... Excusez-moi, je ne sais pas ce que je fais ici, je me suis trompée.... Je vais partir... Je n'ai pas besoin de voir QUELQU'UN c'est ridicule, je suis très heureuse... Je... Je dois vous parler de quoi ??? Je ne sais pas quoi vous dire...ahah !..."

Et là, QUELQU'UN a parlé : "Vous dites que vous ne savez pas ce que vous faites ici, que vous vous êtes "trompée" "?

"....Euh oui... Et alors ? Je n'ai pas à me plaindre, rapport à d'autres... Je vis dans un pays riche, je travaille, j'ai une famille, je mange tous les jours... Il y a des gens qui ne MANGENT PAS A LEUR FAIM, vous savez, des gens qui vivent des GUERRES !!! Et moi, je suis là, dans mon petit confort là...."

J'étais en mode "mariole-à-fond-les-manettes".

QUELQU'UN a dit en articulant parfaitement et prenant tout son temps :

"... Et vivre dans un pays riche vous empêche d'être triste ou de vous plaindre ?..."

Et là, ça a basculé dans un deuxième temps - j'ai détesté ce moment.

J'ai pleuré, chouiné, j'avais l'impression d'avoir 5 ans...

"sniiiiiiiifff Pas le droit de me plaindre....sniiiiiiiiiiifffii.... toujours assuré...sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifffi... mon père soit fier de moi...sniiiiiiiiiiifffii...détes-te mon...travail....sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifffi... Vie foutue... Incapable d'aimer... sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifffi Nulle... Snnniiifff... Mère tout le temps triste...Ma soeur tout le monde l'aime... sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiffsniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifffi exhibitionniste... sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifffPression... sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifff travail... sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifff envie de vomir parfois... enfant... ex... sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifff engagement...sais plus où j'en suis...et je veux mon doudouuuuu... sniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiifff"

C'est là où j'ai compris l'importance de la boîte de mouchoirs.22_doudou

QUELQU'UN me l'a tendue... "Nous parlerons de ce "doudou" la semaine prochaine."

Bien sûr, je ne vois pas l'intérêt d'aller voir QUELQU'UN pour pleurer pendant 30 minutes sur des absurdités, et ensuite payer une somme considérable.

Je crois que je ne vais pas y retourner et que je vais aller m'acheter plein de vêtements à la place.

(Bon, j'avoue que cette histoire de doudou m'a perturbée, je vais peut-être y retourner juste pour voir...)

Colette, à la recherche de son doudou

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01 avril 2012

La théorie de l'amitié fille-garçon aka la conspiration mondiale

Cher Carnet,

Il y a un phénomène étrange qui, je l'avoue, me déçoit dans l'espèce humaine... Cette non-croyance injustifiée envers l'amitié entre deux personnes de sexe opposé. J'ai observé que cela déclenche l'hilarité générale. Les gens ont tout de même les idées mal placées, non ?

Exemple concret, alors que j'attendais Damien pour assister à l'expo Beauté animale au grand Palais. Lulutte était hilare au téléphone après que je lui ai annoncé que j'attendais Damien, mon nouvel ami.

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Colette, qui va faire éclater la vérité sur l'amitié mixte au grand jour.

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19 mars 2012

Pourquoi c'est pas beau de mentir, ou quelle technique de commande pour le Macdo

Cher Carnet

Il faut que j'avoue que je ne suis pas toujours une bonne fille.

Oh non, Mon Dieu, j'ai pêché !

Régulièrement, je mens - et pas que la nuit ...

Je mens à mes parents quand je fais comme si j'aimais beaucoup mon travail à LaBanque.

Je mens à ma soeur quand je fais comme si j'assumais d'être célibataire.

Je mens au gardien au travail quand j'ai la flemme de chercher mon badge au fin fond de mon sac et que je lui dis que je l'ai oublié pour qu'il m'ouvre le portique.

Je me mens à moi-même quand je me persuade que ce n'est pas grave d'être à découvert le 15 du mois.

Je mens à mes pieds quand j'achète des boots trop petites.

Je mens à mes parents quand je leur dis que je ne fume pas - je fume peu, nuance.

Je mens à mes collègues quand je leur dis que "j'ai un déj", alors que je veux faire ma petite routine MacDo-Virgin tranquille et traîner au rayon livres ésothériques et psy.

Je mens à la face du monde quand dans le métro je lis "Imparfaits et heureux", ou "Le complexe du vilain petit canard", livres de bien-être-psycho-gélatineux que je cache avec une fausse couverture en papier journal.

Vendredi dernier, j'ai enchaîné les vilains mensonges :

"Oups j'ai oublié mon badge", ai-je dit au gardien de LaBanque pour qu'il m'ouvre le portique.

"Ouais, j'ai passé une super soirée hier", ai-je lancé à une collègue-qui-veut-tout-savoir, alors que j'avais passé la soirée sur un Powerpoint avec une soupe.

"Je suis sur un dossier important, plutôt cet aprèm ?", ai-je expliqué à ma boss, qui voulait me demander de l'aider sur un tableau excel surchiant.

"Oh cette petite veste en cuir ? Merci, ce n'est rien..." alors que je l'ai achetée en prenant sur mon PEL, parce qu'elle me faisait envie depuis des semaines...

Pour parfaire ce myhtoday, j'ai répondu : "Ah nooon, j'ai un dej, je peux pas aller chez Lina's avec vous ce midi..."

Puis j'ai pris ma veste en cuir pour aller me faire un menu big-mac suivi d'un bon petit Virgin tranquille... En voyant que mon badge dépassait à moitié de ma poche alors que je passais devant le gardien, je me suis dit que c'était pas bien de mentir, et j'ai réalisé qu'il allait m'arriver des crasses.

Mentir, c'est vraiment la dernière des choses à faire, surtout pour des petites choses de la vie quotidienne. Il vaut mieux mentir pour des trucs énormes style : en réalité ma veste est une Chanel.

Je rasais les murs, peu sûre de moi...Après tout, j'aimais bien mes collègues, quel besoin de leur mentir ainsi ?

Je préparais des réponses dans ma tête en cas de péchoade -péchoade est un mot de mon invention, comme une anchoïade sauf que c'est le fait de se faire pécho.

Arrivée au comptoir du MacDo, je savourais ma victoire.

"Bonjour je voudrais un cheese, une petite frite, une petite boîte de 4 avec sauce barbecue..." (Ma technique au Macdo consiste à prendre une multitude de "petites" choses, afin de me rassurer, vous l'aurez compris).

Quand soudain...

Je me glaçais sur place.

J'entendais une voix que je connaissais très bien.

Mon cerveau m'envoyait le signal "Voix du travail à ta droite, ne te retourne pas !!!"

Cette voix d'homme prenait une commande astronomique : "Un maxi menu big Mac, avec un Hamburger, un maxi sunday, double sauce barbecue..." Sa technique consistait apparemment à tout prendre en énorme.

Je me retournais : Damien des RH, l'homme à la trottinette.

Il se crispa à ma vue : "Oh salut Colette, ça va ?"

Moi (paralysée) : "Oui je...je devais déjeuner avec une copine, qui finalement m'a lâchée parce qu'elle avait un problème de santé, et c'est pour ça que j'ai dit aux autres que je déjeunais de mon côté et...et me voilà !"

Il m'a regardée amusé et m'a rétorqué : "C'est marrant que tu dises ça, moi aussi je devais déjeuner avec...un client, qui finalement a annulé alors que j'étais sur le chemin...donc je... Non mais excuse-moi c'est pas vrai, j'avais juste envie de me faire un Macdo... je fais ça parfois..."

Moi (abasourdie mais ne disant toujours pas la vérité) :...

Damien : Bon, du coup, on déjeune ensemble ?

Moi : ... Oui ! Mais bon, faut que je fasse vite...

Damien: Ouais moi aussi faut que je passe au Virgin...

Moi : ...Moi aussi...

Damien ...Ah...Marrant... Je te propose de pas y aller avec moi, tu vas me trouver trop chelou...

Moi (NON) : Tu vas dans un rayon dont tu as honte ?

Damien : Oui.

Moi (pas CROYABLE) : Chanson française ?

Damien :Non !

Moi (IMPOSSIBLE) : Des LIVRES ?

Damien : Oui.

Moi (prêche le faux) : COMICS ???

Damien : Même pas.

Moi (tentons le tout pour le tout) : Aahahah ! Ne me dis pas que tu vas... au rayon ESOTHERIQUE ET BIEN-ETRE ???

Damien (...) :... C'est Dingue que tu dises ça !...Oui je vais là-bas, je dois acheter... Un livre pour ma soeur... Sur la psychologie des chimpanzés, leur façon de vivre en communauté et en harmonie tout en faisant face aux conflits...

Moi (...) : ....C'est passionnant, j'avoue que j'aime bien ce genre de livres....

Inutile de dire qu'après avoir avoué à Damien  que moi aussi je lisais des livres de Boris Cyrulnik, nous sommes allés ensemble au rayon ésothérique du Virgin.

Nous avons presque fait semblant de regarder des livres pour les autres, mais finalement, il a une trop bonne culture dans le domaine psy pour s'en foutre. "J'avoue, j'ai fait des études de psycho."

Finalement, on a bien rigolé, et on s'est rendu compte qu'on avait les mêmes goûts musicaux, il va me remplir mon Ipod, je suis bien contente. J'ai même pu le vanner sur la trottinette, et il m'a expliqué qu'il faisait de la "trot' en compèt'' le week-end.

Je crois que je peux dire que j'ai un ami-mec !

(Je développerai plus tard la théorie de Lulutte comme quoi les amitiés garçon-fille sont impossibles, mais je lui explique bien qu'un mec qui lit secrètement des livres éso et fait de la trot' de compèt' ne peut pas être plus qu'un ami...)

Colette, en pénitence pour ses mensonges

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12 mars 2012

la vile technique de l'auto-larguage ou comment se débarasser d'un cadavre

Cher Carnet,

Depuis l'épisode malencontreux de la St Valentin, je me suis faite plutôt discrète rapport au Grand Blond.

Il est délicat de dire à quelqu'un "Tu es comme une boots trop petite, et mon côté Nadine est choqué par ta muflerie".

J'ai donc fait pire que ça : j'ai fait la morte.

Je sais, c'est mal...

Il y a un côté étrange avec ce genre de relation, c'est que dès qu'on fait la morte, on est intéressante.

C'est une équation fantastique (et maso) : Suis-moi, je te fuis, ou plutôt dans mon cas : Je te fuis tu me suis.

Comme je ne répondais pas à ses sms - comportement purement masculin je sais -, le Grand Blond est devenu une gonzesse.

Au début son ton était désinvolte : Hey Colette, cool cette soirée anti St Val ;-) On remet ça quand tu veux, j'ai de super DVD chez moi ;-)". J'ai mis trois jours pour répondre "Merci pour ton sms, je te tiens au courant, bonne journée".

Le message est clair non ?

Sur quoi il est monté en gamme : "OK si tu es dispo ce week-end, j'ai l'intégrale du Prince de Bel Air ;-)"

J'ai décidé d'être un mufle et de ne pas répondre à ce SMS, pour qui me prenait-il ?

Le vendredi soir, eploré, il a ajouté : "Alors dispo ? J'ai aussi une bonne bouteille de Champ' ;-)"

Comme c'était une invitation et que je suis polie j'ai répondu deux jours plus tard : "Désolée je suis pas dispo en ce moment, je te tiens au jus."

Le message est lapidaire n'est-ce pas ? Assorti d'un trivial "On se tient au jus" ! Je me transformais en mec à vue d'oeil !

Pendant ce temps, lui dérapait lentement et commençait à être vexé : "Colette, y a t-il un problème ? Tu as quelque chose à me dire ?", puis "Colette, il faut qu'on parle !"

Il devenait comme un cadavre que j'aurais dans ma voiture depuis une semaine, il fallait que je m'en débarasse !

Mais ma lâcheté l'emporta une dernière fois, malgré tout, je ne voulais pas lui faire de mal : "Désolée mais j'ai pas trop de temps, j'ai plein de choses à gérer en ce moment..."

Ca ne lui a pas suffi, deux minutes plus tard je recevais : "J'ai besoin de te voir", suivi de 3 appels.

Paralysée, je faisais comme si mon téléphone n'existait pas...

Finalement, j'ai pris mon courage à deux mains, parce qu'en fait je suis une femme et non un homme, et je lui ai donné rdv dans un bar insipide pour en finir en lui faisant comprendre que oui, il fallait qu'on parle. Je devais balancer le cadavre à l'eau, il commençait à sentir mauvais...

Malheureusement, il avait des habitudes tenaces et il a tenu à me convier à l'hôtel Costes. C'est devant un croque-monsieur à 15 € et une menthe à l'eau (appelée Minty Mighty Ice pour faire bien) au prix indécent, qu'il m'a annoncé qu'il voulait me voir car il devait absolument me parler.

Je soupirais d'avance et m'apprêtais à lui expliquer que pour moi ce n'était pas le bon timing, que j'avais trop de chantiers en cours dans ma vie pour consacrer du temps à un petit copain... Quand soudain, il m'a balancé : "Ecoute, Colette, je vois bien que tu n'es pas dedans, et je voulais te dire qu'en fait, ce n'est pas le bon TIMING pour moi..."

Moi (...) : ...

En fait le Grand Blond l'avait sentie venir, cette fin devant un croque Monsieur, et il était en train de me devancer afin de conserver son honneur ! J'étais cuite, je me faisais larguer malgré moi ! Ce fut mon argumentaire qu'il déroula sans ciller :

"En ce moment, ça bouge pas mal pour moi niveau boulot, comme tu as pu le constater, j'ai peu de temps à consacrer... Tu es une fille super mais mon travail au cabinet de Valérie (Pécresse NDLR) me prend beaucoup, et avec les élections qui arrivent, j'ai pas mal de déplacements, de meetings... Bref... On a passé de bons moments, et... si je t'avais rencontrée quelques mois plus tôt tu m'aurais connu plus attentif... Tu es vraiment une fille super..."

Non, il allait me sortir le coup de pelle final, celui que j'étais prête à lui asséner moi-même !

"Et ça me ferait très plaisir qu'on reste amis..."

Moi (cadavérique) : "Je préfère qu'on ne reste pas amis si tu le veux bien..."

"Colette, je comprends que c'est difficile pour toi d'appréhender une éventuelle amitié dans ces conditions..."

Comme d'habitude, je ne disais rien, je me suis juste levée en réalisant que je venais de m'autolarguer et qu'au moins j'éviterais d'éventuelles jérémiades de sa part... J'ai donc décidé de la jouer fine pour finir :

"Oui c'est ça, trop difficile de te revoir... (regard embué) Allez, je préfère en rester là... Oups, j'ai pas ma carte...Ca te dérange pas de m'avancer ?..."

Voilà, je me suis, en quelque sorte, fait auto-larguer et je me suis auto-invitée...

Je suis à la fois soulagée, et vexée... C'est comme se faire virer alors qu'on veut poser sa dem, ça fait mal à l'égo.

En tous cas, plus de cadavre dans le coffre, ça commence à devenir respirable !

Colette, auto-larguée !

 

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20 février 2012

L'antagonisme féminisme-courtoisie, ou "Toutes les femmes de ma vie, en moi réunies"

Cher Carnet,

 

Parfois, je suis tiraillée entre deux femmes.

L'une est une dame chic, qui sait qu'elle est une femme et qu'elle est un peu plus fragile que l'homme. 10_nadinePour cela, elle sait que la différence est physiologique : sa fonction de base était d'enfanter. Elle aime la douceur, la délicatesse, ne supporte pas les gens qui se battent dans le métro, et elle apprécie la galanterie, sans savoir pourquoi,  peut-être est-ce dans ses gènes finalement ?

Cette dame aime les bijoux et la douceur, elle estime que c'est normal que l'homme subvienne aux besoins de la femme, qu'il lui tienne la porte et lui ôte délicatement son manteau, parce que c'est ce qu'on lui a appris.

Elle aime rester à la maison boire du thé et faire le ménage toute la journée, pendant que son mari part travailler.

Elle ressemble à ma défunte grand-mère, qui passait son temps à bronzer dans sa villa du sud.

Elle s'appelle Nadine.

 

La deuxième femme a les cheveux longs, et elle porte des pantalons patte d'éph. 10_robertaElle prône le sexe libre, elle est soulagée que la pilule contraceptive existe, permettant ainsi à la femme de ne pas être dépendante de l'homme. Elle a brûlé le corset, objet de son assujetissement depuis longtemps, elle a manifesté pour que les femmes puissent travailler et ne pas dépendre des hommes.

Aujourd'hui, elle continue à se battre pour l'égalité des salaires, pour le congé paternité et la parité, même si elle sent que ça n'existera vraiment jamais.

Elle prône l'indépendance de la femme et travaille autant qu'un homme sauf qu'elle gagne pas autant.

Elle ressemble à ma tante hippie qui a fait Mai 68.

Elle s'appelle Roberta.

 

Nadine se bat souvent avec Roberta dans ma tête.

Roberta engueule Nadine, cette oie blanche sans cervelle.

Nadine traite Roberta de camionneuse et lui dit que c'est pas comme ça qu'elle trouvera un mari.

Nadine aimerait moins travailler et avoir des enfants.

Roberta aimerait faire taire les hommes qui se la racontent au travail.

Nadine veut s'acheter des robes, Roberta lui conseille d'économiser plutôt pour s'acheter un ordi.

Nadine aimerait cuisiner plus souvent mais Roberta lui recommande d'aller au ciné le dimanche au lieu de faire des gâteaux.

Roberta pense que la femme est l'égal de l'homme.

Nadine sait bien que ce n'est pas vrai, elle déteste Isabelle Alonzo et elle apprécie qu'on lui tienne la porte.

 

Tout ça pour dire qu'à la fin du dîner de Saint-Valentin avec LeGrandBlond, lorsque l'addition est arrivée, mon côté Nadine n'a pas bougé le petit doigt. Après tout, c'était LeGrandBlond qui m'avait invitée, et il avait choisi l'endroit. Puis même "si on s'en fout de St Val", LeGrandBlond n'avait pas apporté une fleur, rien.

Mon côté Nadine avait tout de même espéré un petit geste...

Mon côté Roberta avait préparé un mini-cadeau pour l'égalité des sexes (un tire-bouchon design, c'est mon côté Nadine).

Point de cadeaux, même quand le Pakissauroses est passé, il l'a balayé d'un geste de main.

L'addition était bien posée sur la table, elle hurlait "Je suis lààààààà, merci de m'honorer", mais LeGrandBlond  doit aussi avoir un côté Nadine, parce qu'il n'a pas bougé.

Une tension s'est installée autour de la table.

"Paie et pars fière ma Grande", m'a lancé Roberta -intérieurement.

J'allais passer à l'action quand LeGrandBlond a saisi l'addition... "Ouf", a soufflé mon côté Nadine.

"On fait moit-moit ?" a lancé le côté Grand Blond du GrandBlond.

Mon côté Nadine est resté bouche bée. Du coup, Roberta a pris le relais.

"Oui. Oui oui, pas de problème..."

Le GrandBlond m'a regardée avec un sourire en coin : "Tu le prends pas mal, hein ? Parce que je te sens froissée...Vous les femmes...Vous avez demandé l'égalité des sexes, faut assumer ! Ahahah !"

Mon côté Roberta a attrapé sans réfléchir le verre devant elle, et lui a balancé à la tronche.

Mon côté Nadine a eu les larmes au yeux et a quitté la table avec dignité.

Quant à moi, je suis restée stoïque et j'ai payé la moitié de l'addition, parce que je ne sais plus qui je suis.

En attendant, quand LeGrandBlond m'a proposé de partager avec lui un taxi, sans doute dans le but d'aller au même endroit que moi,  j'ai  répondu "Non, merci, j'ai mal au crâne" (excuse à la Nadine pour éviter l'accouplement hebdomadaire avec son mari), et j'ai remercié intérieureurement Roberta d'être assez indépendante pour pouvoir rentrer chez moi regarder la suite de The Wire en buvant une bonne tisane (boisson plébiscitée par mon côté Nadine).

Je sais, c'est dur avoir tant de femmes en soi, mais c'est bon d'avoir un homme foireux en moins chez soi.

Colette, Nadine et Roberta (un mix de Radio Courtoisie et des Chiennes de Garde).

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Posté par coletteinthecity à 14:54 - Commentaires [17] - Rétroliens [0]
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