La fin d'une histoire, ou pourquoi les plans cul c'est nul

Colette, recherche appartement.
Réflexions de bas-étage sur le monde du travail ou pourquoi je dois prendre les escaliers
Cher Carnet,
Je n'ai pas eu le temps d'écrire cette semaine, car je suis prise dans le tourbillon du travail.
J'ai la triste impression de faire des listes et des listes de ce que je dois faire et de ne jamais m'en sortir.
Chaque jour je me dis que je vais réussir à lâcher du lest et aller sur Facebook, ou acheter des livres sur Amazone, de toute façon je ne vois pas quand j'aurais le temps de lire en ce moment.
J'ai parfois l'impression que je ne m'en sortirai pas, mon boss me demande toujours plus de choses, il doit avoir l'impression que je n'ai pas de vie...
Voici ce que je déteste plus que tout au travail :
- Faire une liste magique, encore mieux que la dictée magique, sitôt une tache est faite qu'une autre s'ajoute ;
- Déjeûner au "restaurant d'entreprise" de la Banque quand ma collègue Ninon (ceci est un pseudo, rapport à ce qu'elle ne répond pas souvent "oui", contrairement à moi) n'est pas là, et que je me retrouve entre Monsieur Gégé, le boss de mon boss du département communication, qui me pose plein de questions sur la génération Y et internet et Cathy (ceci n'est pas un pseudo) qui est à fond sur le mariage de sa fille dans 9 mois...(ennui) ;
- Décider que ça suffit et que je mérite une augment, et ne jamais oser la demander;
-Faire des journées de "réus" interminables (et minables).
-Utiliser comme tout le monde des termes étranges : "ouelcome back" (spécial retour de vacances); "implementer", "reassurance" "impacter" (spécial réu) et celui que je déteste le plus : "DEADLINE";
-Faire des discussions d'ascenseur sur le temps et les transports (et sur le travail "T'es sur quoi en ce moment Colette ?");
-Prendre le métro tard et rentrer chez moi (c'est ce qui s'appelle métro boulot dodo) sans aller boire un verre avec Lulutte, sans aller au yoga, sans écrire dans mon carnet ;
Le pire du pire : Croiser Monsieur Gégé dans l'ascenseur en partant du travail à 20h en plein hiver et ne pas oser lui parler d'augmentation.
Sinon, le pire du pire du pire peut aussi être : Croiser Monsieur Gégé dans l'ascenseur en partant du travail à 20h en plein hiver et ne pas oser lui parler d'augmentation puis croiser le voisin avec qui je couche accompagné d'une fille. Mais là, je n'ai pas la force de m'étendre sur cet épisode pathétique, je vais d'abord essayer de restabiliser mes chakras au yoga et nous en parlerons lundi prochain.
Colette working-girl
L'épisode dramatique de l'esthéticienne ou pourquoi les filles ont des poils qui poussent dans la tête
Cher carnet,
Il y a quelque chose de magique dans le fait d’aller chez l’esthéticienne…
Tout d’abord, aller chez l’esthéticienne en automne, c’est bon signe. Cela veut dire :
1/ Qu’il fait tellement beau qu’on se comporte comme en été.
2/ Qu’on a un mec à qui montrer son corps.
3/ Qu’on aime se chouchouter tellement qu’on s’épile pour soi-même même si on est célibataire.
Dans mon cas, il s’agit de 1/ (même s’il commence à faire froid) + 2/ (même si c’est un plan cul) + 3/ (un peu, parce qu’un plan cul ce n’est pas comme si j’avais un mec, il peut me lâcher du jour au lendemain).
J’en déduis donc que j’ai beaucoup de chance, et je me lance dans le maillot « sexy » chez Corps Minute. Ce que je déteste, c’est qu’il y a toujours une fille dans la salle d’attente qui me scrute de bas en haut et qui écoute ce que je demande.
Moi je fais pareil quand j’attends, je regarde qui rentre et j’écoute attentivement. Celle qui fait le maillot intégral n’est jamais celle que l’on croit. Elle est souvent un peu hippie ou mère de famille fatiguée.
Lorsque j’attendais une femme a demandé : maillot intégral + jambes + visage + joues. J’ai eu peur de la regarder, mais quand j’ai levé les yeux, elle était normal et ne ressemblait pas à un yéti.
En fait les poils, c’est comme les kilos, ça pousse souvent dans la tête, on a la tête pleine de poils nous les filles. Il n’y a que nous qui les voyons…
L’esthéticienne est souvent orange cramée aux UVs et très gentille, j’aime cette ambiance aseptysée et leurs petites claquettes comme à l’hôpital.
Je fais « la grenouille » avec les jambes et j’essaie de ne pas penser à cette absurdité : c’est quand même bizarre de devoir se faire enlever les poils par une autre fille, qu’on ne connait pas. Bref je fais un « décollement de moi-même », pour ne pas commencer à m’affoler. Je prends de la distance et je pense à autre chose mais en fait, c’est comme chez le coiffeur.
« Vous me dégagez bien les côtés », « pas de dégradés » (euh pardon Cher Carnet ça c’est vraiment ma phrase fétiche chez le coiffeur).
Ensuite elle me parle souvent de la pluie et du beau temps, des vacances qui arrivent, de la rentrée, de la folie que c’est en ce moment au salon, des clientes qui ont ENORMEMENT de poils (ma discussion favorite) puis nous prenons congé et j’arrête de stresser.
Quand je sors de chez Corps Minute, j’essaie de faire attention à ne pas croiser les regards des gens, comme un homme qui sortirait d’un peep show.
Ce matin, je n’ai pas fait gaffe et je suis tombée nez à nez avec Damien, mon collègue des RH qui se balade avec une trottinette. Il n’avait pas de trottinette, et il était avec une fille très jolie. Il m’a regardée et il a regardé d’où je sortais, j’ai rougi.
C’ était ridicule.
Il m’a demandé si ça allait, si…j’allais faire mes courses…ce que j’allais faire…
Sa copine me regardait d’un air amusé.
Il y a des épisodes qu’il vaut mieux oublier dans la vie, je m’efforce de ne plus penser à celui-ci. En revanche, le voisin qui ne me textote pas alors que le dimanche soir c’est journée mezzanine, je ne comprends pas.
Heureusement qu’il y a les primaires.
Colette, épilée mais des poils plein la tête.

Etre ou ne pas être en couple, où comment se mentir à soi-même
Voilà deux semaines que je vois le Voisin, mais je ne suis pas avec lui.
Disons que parfois, je monte dans son studio (je ne lui ai jamais proposé de venir chez moi bizarrement), qu'on regarde The Office ensemble (il a toute la saison US), qu'on se commande une pizza ou des sushis et qu'il finit toujours par passer un bras dans mon dos.
Cela me fait à chaque fois le même effet, mon coeur s'accélére, pourtant, je ne suis pas amoureuse de lui, j'en suis sûre. Au bout d'un moment on se retrouve à s'embrasser doucement puis moins doucement, et tout ça finit dans sa mezzanine (il dit sa "mezza").

Je m'endors dans ses bras puis je me réveille comme une folle vers cinq heures du mat. Je pars sans faire de bruit.
Je trouve ça agréable sur le coup, mais je n'estime pas être "avec le Voisin".
D'ailleurs, je me demande à partir de quel moment on peut estimer être un couple....
Si j'étais en couple avec le Voisin, on irait parfois au restau ou boire un verre dehors.
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'aurais l'impression que ma vie est une comédie musicale.
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'aurais envie de passer beaucoup de temps avec lui.
Si j'étais en couple avec le Voisin, je n'aurais pas peur de me réveiller avec lui.
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'arriverais chez lui et je l'embrasserai direct, calmement.
Si j'étais en couple avec le Voisin, ça me dérangerait pas qu'il ronfle très très fort.
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'aurais envie de le dire à mes copines sans ajouter "je crois que c'est pas sérieux".
Si j'étais en couple avec le Voisin, je l'encouragerais dans sa passion de la photo même si je trouvais ses créations moches.
Si j'étais en couple avec le Voisin, il me présenterait ses amis, je lui présenterais les miens, on ferait des dîners et on essaierait de caser Lulutte avec un de ses potes.
Si j'étais en couple avec le Voisin, on se mettrait des "bisous" à la fin des textos et pas juste "tu fais quoi ? Tu veux passer boire un verre ?" "Ué j'arrive" (fausse décontraction surjouée de ma part).
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'irais m'acheter de la lingerie neuve (ça me fait toujours ça l'amour).
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'aurais sûrement pas envie de changer de couleur de cheveux.
Si j'étais en couple avec le Voisin, je ne lui aurais pas dit en rougissant "Ecoute... Je ne me sens pas prête à être avec quelqu'un sérieusement, je suis dans une période difficile... On a qu'à dire qu'on est pas vraiment ensemble..." (+ regard en biais de ma part et regard un peu triste du Voisin).
Si j'étais en couple avec le Voisin, je ne me poserais pas de questions.
Si j'étais en couple avec le Voisin, je ne regarderais pas les autres garçons.
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'aurais envie d'aller acheter des croissants le matin pour lui.
Si j'étais en couple avec le Voisin, je ne penserais pas à plein de choses en l'embrassant, j'apprécierais juste sur l'instant.
Si j'étais en couple avec le Voisin, j'aurais envie de l'épater avec des recettes de cuisine.
Je ne sais pas ce que pense le Voisin de tout ça au fond, il dit souvent, en plantant ses yeux bleu profond dans les miens : "Pourquoi tu te poses tant de questions ? Ne réfléchis pas... Tu te prends trop la tête pour rien... On est bien là à ce moment précis, c'est l'essentiel non ?"
Dans ma tête ça va très vite : ne pas réfléchir + ne pas se poser de question + apprécier le moment précis = plan cul non ?
J'ai un doute... Le Voisin m'a proposé hier de nous voir samedi soir. J'ai super peur parce que le dimanche est synonyme de petit-déj, balade, expo, brunch, ciné... Des choses qu'on fait en couple... Je ne sais pas si je suis prête à assumer un dimanche avec le Voisin. A passer trop de temps ensemble, on peut devenir un couple.
J'ai commencé à m'embrouiller avec le voisin, lui disant que je n'étais pas sûre-sûre, que le dimanche j'avais un déjeuner de famille.
J'ai senti qu'il était triste mais il m'a fait un clin d'oeil rassurant et m'a dit : "Qui te parle du dimanche ? Je te parle d'un plan mezza du samedi, t'inquiètes..."
J'aime les Plans Mezza avec le Voisin, je dois l'avouer...

La théorie d'être déjà en place, ou pourquoi l'inaccessible donne envie
Cher Carnet,
J'ai décidé de consigner dans ce carnet toutes mes histoires du moment, si pourries soient-elles, comme ça je suis obligée de me bouger.
Oui car L'ACTION ENTRAÎNE L'ACTION, c'est mathématique.
J'en discutais ce soir avec ma copine Lulutte (ceci est un pseudo, dois-je le préciser ?).
Lulutte (pseudo mêlant son prénom et son sport préféré) : De toute façon en amour comme en travail il faut être en POSTE pour trouver mieux.
Colette (ceci n'est pas un pseudo c'est mon nom) : Oui, être célibataire, c'est comme être au chômage, c'est antisexy.
Lulutte (amazone) : Oui ça donne pas envie, de te débaucher... Les mecs doivent se dire que les célibataires de plus de 27 ans ont un problème : une mauvaise haleine, une maladie grave ou une dépression irrépressible... Comme rester au chomdu plus de 6 mois, c'est louche, ça fait inadapté.
Colette (mauvaise haleine ?) : Donc tu crois qu'il faut se forcer à se mettre dans une histoire, même si on n'a pas envie ?
Lulutte (stratège) : Oui c'est plus attrayant, c'est un appât intelligent. Ce qui est inaccessible donne envie.
Colette (maladie ?) : L'action entraîne l'action.
Lulutte (théoriste) : D'ailleurs quand on se fait débaucher on trouve forcément mieux ! Regarde moi avec Nananère compagny, j'ai doublé mon salaire !
Colette (dans la même banque depuis 4 ans) : Oui mais moi je suis restée à La Banque et j'ai évolué de poste...
Lulutte (attaque) : Oui mais regarde tu décrépis... Tu pourrais faire le même poste dans une boîte de com' ! Il vaut mieux partir de bas et se faire débaucher.
Colette (boulot + vie amoureuse décrépis) :Je suis désolée mais ça me déprime d'avance de devoir sortir avec quelqu'un qui ne me plaît pas vraiment.
Lulutte (frondeuse) : Et ben flûte, tu n'as qu'à rester avec ton travail qui te plaît moyen et attendre le prince charmant, moi, c'est décidé, ce soir j'emballe !
Colette (un peu déprimée) : Mon travail me plaît et...je crois que
je fréquente quelqu'un.
Là, Lulutte, c'est comme si je lui avais envoyé un uppercut dans les dents. Elle était KO, la bouche bée, à me fixer incrédule "QUOI ???? Et tu me le dis que MAINTENANT ???"
J'avoue que je voulais garder pour moi cette histoire de Voisin que je m'applique à soigneusement éviter depuis cinq jours, ce n'était qu'un baiser maladroit et somme toute assez désagréable - ce n'était pas naturel, je ne savais pas dans quel sens tourner la langue et j'ai paniqué...
La soirée n'était pas ce que j'appelle fantastique, et je me suis suprise à baîller une ou deux fois. Mais le Voisin est gentil, il a de bons goûts musicaux et quand il s'est penché vers moi son cou sentait la lessive (l'odeur de la lessive me fait craquer, ça me rappelle mon doudou de quand j'étais petite), alors j'ai tenté.
Depuis, je le gardais pour moi et j'avais envie de déménager, mais j'avoue que la théorie du poste m'incite à rester encoer un peu dans mon immeuble.
Après avoir raconté cette histoire insipide à Lulutte, nous avons décidé d'un commun accord que j'étais sur la bonne voie.
En rentrant chez moi, j'ai monté les marche tout doucement, j'avoue que j'avais un peu peur de croiser le voisin...
Le Voisin était-il chez lui ? J'ai eu l'impression d'entendre un craquement derrière sa porte...
Toutes ces théories avaient tourné ma tête -ainsi que les strawberry mojitos - et j'ai eu une révélation : et si la théorie de la fille en poste était une légende urbaine créée par le gouvernement pour inciter les losers à se mettre ensemble, enfanter et ainsi augmenter le taux de natalité ?
Je vais mener l'enquête, Mon Cher Carnet, en attendant, bonne nuit...
Colette, attendant la débauche.




